L’ensemble instrumental Kiosk enregistre un CD monographique Georges Aperghis

D’après le concert Kiosk’Aperghis, crée en 2007 au Festival Musique de Notre Temps

Voici ce que dit Georges Aperghis à propose de sa vision du théâtre musical : « La partition organise tout. Elle régit les évènements principaux et secondaires (leur intensité, leur devenir), les textes abstraits ou porteurs de sens, les éclairages, les gestes. La partition n’organise pas seulement le sonore, mais toutes les composantes de la représentation jusqu’aux comportements, histoires, objets, etc. Elle assure ainsi une dramaturgie de l’indicible. » * (extrait de « Le corps musical », ouvrage réalisé par Antoine Gindt)
L’Indicible, à portée de voix. Car dans sa musique de chambre comme dans son théâtre musical, ces « textes abstraits ou porteurs de sens », ces bribes de mots, ces télescopages d’idées, ces ruptures de langage au cœur des voix créent des failles dans lesquelles se glisse l’imaginaire de l’auditeur. Cette langue inédite est parcourue de bribes de sens fugitives à partir desquelles chacun peut construire son histoire, sa dramaturgie personnelle, son propre théâtre intime.
Tout le monde parle et chante dans les compositions d’Aperghis, les chanteurs, les comédiens, les instrumentistes, voire l’orchestre tout entier. À portée de voix, l’abstraction musicale retourne le théâtre comme une peau et en révèle la structure intime, harmonique, rythmique, respirante, résonante.
Ici se trouve en filigrane la vision des corps, des gestes, des visages pour lesquels Georges Aperghis a créé au fil des ans sa « galerie de portraits » que constitue son répertoire, car toujours il écrit « pour quelqu’un ». Une « peinture musicale » en quelque sorte. Mais en fermant les yeux, en se laissant guider par les sons et les mots, on se rend compte que même écrite pour le « théâtre musical », la musique de Georges Aperghis n’est jamais tronquée, elle est un tout en soi. C’est un des secrets de son œuvre à la fois musicale et scénique, de n’avoir jamais sacrifié l’un à l’autre.
Valérie Philippin

Enregistrement : avril 2010, à l’Auditorium du CRR de Paris
Direction artistique: Léo Warinsky et Valérie Philippin
Livret : Corinne Schneider
LABEL AMESON – Florence Hermitte

Musiciens de l’ensemble instrumental Kiosk
Valérie Philippin, soprano / direction artistique de Singulière Compagnie et de l’ensemble Kiosk
Aurélie Saraf, harpe
Ludovic Montet, percussions / voix de baryton
Aurélie Pichon, clarinette
Jean-Philippe Causse, piano / direction musicale pour la pièce Simulacre II

Les œuvres
Les Pubs 1 et 2 sont deux petites pièces courtes dont la théâtralité est contenue dans une action vocale contrastée. Avec des indications qui ne sont pas sans rappeler la Sequenza III de Luciano Berio (jazzy, cri de samouraï, morphale…) L’interprète doit passer par des états extrêmes dans un temps record, entre virtuosité et comique.
Dialogue amoureux duo vocal est extrait des Conversations, pièce de théâtre créée avec Edith Scob, Michael Londsdale et Jean-Pierre Drouet. Sur le texte initial, Georges Aperghis a noté les indications de jeux vocaux improvisés puis fixés avec les interprètes, trilles, trémolos, phonèmes aigus ou graves, points d’orgues, chants des consonnes, voyelles nasalisées… Ces « traitements » vocaux du texte théâtral en font une langue tout à fait inédite et très expressive.
Simulacre II pièce de musique de chambre pour voix, marimba et clarinette, fait entendre successivement les trois voix des instruments dans trois monologues contrastés suivis d’une scène véhémente en trio, comme une tentative d’accord... Avant de laisser la voix conclure, solitaire.
5 Calmes plats voix solo ont été écrits sur les textes d’Olivier Cadiot pour le spectacle Tourbillons créé par Martine Viard. Alternés dans le spectacle avec les 8 tourbillons d’une grande virtuosité, ces Calmes plats sont autant d’instantanés d’états d’âme au cœur d’une solitude bavarde, comme une mise au point avec soi-même entre deux tempêtes.
Le rire physiologique théâtre musical pour baryton et piano a été écrit d’après un sketch de Raymond Devos, et met en musique et en scène un duo grinçant entre l’humoriste et son pianiste qu’il veut à tout prix faire rire...
Les Monomanies pour voix seule ont été écrites pour Valérie Philippin sur des poèmes des XVème et XVIème siècles dont le célèbre Je vis, je meurs de la poétesse Louise Labbé. On retrouve dans ces poèmes du Moyen-âge des procédés d’écriture dont Georges Aperghis est familier, mêlant étroitement la sonorité et le sens dans des jeux vocaux et rythmiques tantôt ludiques, tantôt tragiques...
Les Monomanies 10 et 11 pour deux sopranos sont inédites. Georges Aperghis a suggéré de les enregistrer avec la même voix superposée.
Fidélité pour « harpiste seule regardée par un homme » mêle étroitement la voix et l’instrument, tissant l’une et l’autre dans des motifs rythmiques tantôt saccadés, tantôt suspendus, comme pour une confession entre plainte et rire, pudeur et sensualité...

Singulière Compagnie / Ensemble Kiosk
Singulière Compagnie – la voix et les arts de la scène créé en 1995 par Valérie Philippin et Chantal Latour travaille sur les liens entre la voix et les autres arts de la scène, plus particulièrement dans le domaine de la musique contemporaine et du théâtre musical. La compagnie développe divers projets de concerts et musique en scène, ainsi que des ateliers de formation pour professionnels et amateurs.
L’ensemble instrumental Kiosk a été créé au sein de Singulière Compagnie en 2004, et propose des concerts pour tous publics autour de la musique contemporaine, mêlant écritures savantes et populaires, jouant sur le théâtre musical et l’improvisation, pour le plaisir de l’aller-retour entre des langages différents, le voyage dans des univers contrastés. Dans ce jeu de miroirs, la création musicale contemporaine est remise à sa place, celle d’une musique indispensable, vivante, attractive, prenante autant que surprenante, et accessible à tout public, averti ou non.

Georges Aperghis
Il est né à Athènes en 1945. Installé à Paris dès 1963, il mène dès lors une carrière originale, entre écriture instrumentale et théâtre musical. En 1976, il fonde l’Atelier Théâtre et Musique (Atem), grâce auquel il renouvelle complètement sa pratique de compositeur. Faisant appel à des musiciens comme à des comédiens, ses spectacles élaborés au fil des répétitions s’inspirent de faits sociaux transposés dans un monde poétique, parfois absurde ou satirique.
Tous les ingrédients (vocaux, instrumentaux, gestuels, scéniques) sont traités dans une même démarche de composition et contribuent à part égale à la dramaturgie.
De 1976 à 2000, il signe plus de vingt spectacles avec l’Atem (Conversations, Énumérations, Sextuor, Jojo, Commentaires...). Il n’abandonne pas pour autant l’écriture de musique de chambre et d’orchestre, riche de nombreuses oeuvres pour des effectifs très variés, notamment une grande série de pièces pour instrument ou voix solo, destinées à des interprètes qui lui sont proches.
Son catalogue compte à ce jour plus de cent oeuvres, dont huit opéras qui représentent la synthèse de ses expériences théâtrales et musicales. Parmi ses dernières créations entendues à travers toute l’Europe, Die Hamletmaschine - oratorio, Machination, commande de l’Ircam, salué par le Prix de la meilleure création par la Sacem, et plus récemment, l’opéra Avis de tempête.
En 1998, il a reçu le Grand Prix National de la Musique. En 2002 l’Académie Charles Cros lui a décerné le prix du Président de la République pour l’ensemble de son oeuvre. Georges Aperghis est commandeur dans l’Ordre National des Arts et des Lettres. En 2005 a été publié chez P.O.L. un recueil de ses textes de théâtre musical, intitulé Zig Bang.